Le Togo a enregistré une régression fulgurante dans les classements mondiaux de la liberté de la presse ces dernières années. Entre censure et manque de soutien à la presse, notamment à la presse indépendante, la liberté de la presse au Togo suscite de vives inquiétudes.
Comme chaque année, Reporters sans frontières (RSF) a publié le classement mondial des pays selon leur niveau de liberté de la presse. Si d’autres pays ont avancé, le Togo quant à lui a régressé en ce qui concerne la liberté de la presse. Classé 113e sur 180 pays en 2024, le Togo a perdu 8 places au classement mondial et occupe la 118e place sur 180. Cette situation a interpellé RSF qui appelle à une mobilisation générale pour défendre « une presse en danger ».
Selon Sadibou Marong, directeur Afrique de Reporters Sans Frontières, cette situation est due à un manque chronique de subventions publiques transparentes à l’endroit des médias indépendants. « Les médias sont confrontés à d’importantes difficultés financières. Ces contraintes économiques favorisent la corruption et empêchent les médias de fonctionner de façon libre et indépendante (…) », martèle RSF.
Pourtant, la liberté de la presse est officiellement reconnue et garantie par l’État togolais. Le Code de la presse ne prévoit plus de peine privative de liberté depuis 2004, avant l’adoption d’un texte depuis 2020 qui garantit quant à lui l’indépendance du journalisme et l’accès à l’information, à condition de respecter le « secret défense ». Cependant, ces textes légaux ne sont pas en mesure de protéger réellement les journalistes.
« La sécurité des journalistes reste un problème préoccupant, notamment pour les journalistes d’investigation dénonçant la corruption ou des affaires d’État, qui peuvent faire l’objet de graves représailles », affirme Reporters Sans Frontières.
L’OTM, l’observateur national
Dans son rapport annuel couvrant la période de mai 2024-mai 2025, l’Observatoire togolais des médias (OTM) a relevé de nombreux faits dont la liberté de la presse a souffert, notamment l’interpellation du journaliste Albert Agbéko, administrateur du site Togo Scoop, le 08 avril 2025, pour avoir pris des photos, alors qu’il couvrait la révision des listes électorales. « En septembre 2024, des journalistes dans l’exercice de leur fonction ont été agressés physiquement, suivis de la destruction de leurs matériels de travail au siège de la CDPA à Lomé alors qu’ils couvraient une conférence de presse », révèle L’OTM dans son rapport.
Ces cas de figure inquiètent le paysage médiatique et remettent en question la réelle existence de la liberté de la presse au Togo. Toutefois, L’OTM appelle les professionnels des médias à veiller au respect des dispositions du Code de la Presse et de la Communication, des règles d’éthique, de déontologie et aux organisations professionnelles des médias à accélérer les démarches en vue de l’application de la Convention collective.
Narcisse Prince-Agbodjan, le syndicaliste qui alerte
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai 2025, le journaliste Narcisse Prince-Agbodjan dans une tribune plaide pour la mise en place d’un régime fiscal dédié aux entreprises de presse privée au Togo. « (…) Révolte-toi, car les entreprises de presse privée, faute de moyens, s’étiolent, s’éteignent. Dans l’indifférence générale. La publicité, monopole de quelques privilégiés, continue, hélas, d’être accordée au faciès, selon les liens affinitaires. L’économie médiatique, bien qu’à l’étape embryonnaire, s’effondre déjà, et avec elle, la dignité de la profession », s’est indigné Narcisse Prince-Agbodjan, secrétaire général du Syndicat national des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT).
Le secrétaire général du SYNJIT continue sa tribune en ces mots : « Des journaux sont contraints de mettre la clé sous la porte. Ceux qui tiennent encore provisoirement debout, sont caractérisés par des parutions irrégulières. Les rédactions végètent dans la précarité. Entre vulnérabilité économique, fiscalité agressive, aide publique insuffisante, répression larvée et fracture numérique, les médias privés togolais semblent être des laissés pour compte. Pourtant, ils remplissent une mission d’intérêt général. Rien ne saurait justifier la décision de les soumettre aux mêmes régimes fiscaux que les entreprises commerciales ordinaires », estime-t-il.
« Le droit à l’information des citoyens semble s’éroder. L’autocensure refait surface, pendant que la peur s’installe dans les salles de rédaction. La loi est devenue l’arme favorite : diffamation, atteinte à l’honneur, incitation à la haine, … les prétextes ne manquent guère pour attraire les journalistes par-devant les tribunaux, lorsque ceux-ci ne sont pas directement en détention pour “ raisons d’enquête ”. La pluralité médiatique se meurt, lentement. La peur colle à la peau », constate le syndicaliste.
« Indigne-toi pour toi-même, pour ta rédaction, pour la respectabilité de ta profession. Pour les jeunes qui rêvent encore de ce métier. Pour le droit des citoyens à une information libre, plurielle et indépendante », martèle le secrétaire général du SYNJIT, Narcisse Prince-Agbodjan, avant de souhaiter au corps de métier de journaliste une bonne célébration de la Journée Internationale de la Liberté de presse.



















