L’écosystème technologique togolais connaît très peu de femmes. À l’occasion de la Grande rencontre de l’innovation technologique du Togo (GRIT), la rédaction de Full-News a rencontré une femme qui se démarque. Sati Sai, fondatrice et CEO de la startup Trankyl, spécialisée dans la fourniture des services sociaux dans plusieurs secteurs d’activités ainsi que de recrutement au Togo. Elle est revenue sur son parcours, ses succès, ses défis ainsi que sur son regard sur la faible représentation des femmes dans le domaine du numérique.
Le pourcentage de femmes fondatrices de startups d’après les statistiques de l’année 2024 est seulement de 16 % selon Gaëlle Egbedi, présidente de la synergie TogoTech et fondatrice de la Finetech togolaise Solimi. Ces statistiques montrent une disparité assez flagrante : les femmes sont sous-représentées dans l’écosystème technologique togolais.
La naissance de Trankyl
« On a des idées, mais la clé c’est de se lancer », a d’abord lancé Sati Sai, fondatrice de la startup Trankyl. Pour elle, tout est parti d’une idée, celle de donner du travail à son entourage qui ne cessait de lui demander de l’aide puisqu’elle était en Europe pour ses études. À la question de savoir pourquoi ceux-ci ne cherchaient pas un emploi, la réponse a été claire et nette : « Le travail, mais où ? », ont-ils demandé.

« C’est comme ça que je me suis dit : pourquoi pas une plateforme de mise en relation des personnes qui cherchent du travail et celles qui ont besoin d’un service », se demandait Sati Sai.
Pour répondre aux différentes préoccupations de sa famille ainsi que pour résoudre le problème lié à la recherche d’emploi, Sati Sai a donc créé une solution innovante de mise en relation et de recrutement dénommée Trankyl. La plateforme, suivant un processus rigoureux de sélection, de vérification et de formation, choisit les profils compétents et fiables qu’elle présente comme prestataires.
Sa plateforme marketplace propose aujourd’hui un large éventail de services tels que le nettoyage à domicile, le garde d’enfants, l’électricité, le jardinage, la plomberie, le carrelage, l’infirmerie, la photographie, le graphisme, l’événementiel, la livraison, la location… La plateforme permet également de mettre les personnes en relation. « L’objectif pour moi est de permettre à ceux qui ont des compétences, peu importe le domaine, de pouvoir vivre de ces compétences », a affirmé Sati Sai, fondatrice et CEO de Trankyl.
Défis des femmes Tech
Très peu de femmes sont fondatrices de startups dans l’écosystème technologique togolais, ce qui est dû à plusieurs facteurs selon Sati Sai. « Tout le monde a des hauts et des bas quand on veut entreprendre, mais j’ai l’impression que pour nous les femmes, les bas sont encore plus bas », a-t-elle constaté.
Pour Sati Sai qui vivait et travaillait en Europe, elle devait superviser ses collaborateurs au Togo mais pas que. Étant une femme au foyer, elle devrait non seulement veiller au bon fonctionnement de son couple mais aussi prendre soin de sa fille. « Comment faire quand on doit cuisiner, prendre soin de son enfant », s’est demandé Sati Sai, qui pointe également du doigt le problème d’organisation. Pour elle, c’est à ce stade que cela demande beaucoup plus de sacrifices aux femmes qui aspirent à évoluer dans la Tech.
Le fossé hommes-femmes dans la Tech
La première cause de la sous-représentation des femmes dans l’écosystème technologique togolais est intérieure selon Sati Sai. Pour elle, la plupart des femmes se donnent des limites, ce qui les amène à dire qu’elles ne sont pas à la hauteur, n’ont pas toutes les capacités nécessaires pour y arriver. « On essaie d’avoir toutes les compétences avant de se lancer », estime-t-elle.
La deuxième cause est, selon elle, plus historique. La société africaine repose beaucoup d’activités familiales sur les femmes, ce qui fait qu’elles n’ont plus assez de temps pour s’occuper de leurs projets. « Très souvent après être rentrées du travail, de l’université, ce sont les femmes qui doivent s’occuper de la gestion de la maison, le nettoyage, la cuisine… et donc après tout cela elles sont déjà épuisées », a évoqué Sati Sai, fondatrice de la plateforme Trankyl.
Aussi, elle estime que les femmes devraient davantage se former dans le domaine du numérique pour acquérir beaucoup plus de compétences. « Parfois on a l’envie et la motivation, mais on n’a pas la compétence, donc on ne peut rien faire », constate l’entrepreneure.
Les approches de solutions
« Il faut oser car la charge sociale sera toujours sur vos épaules. Vous devez prendre soin de votre famille, votre mari, vos enfants, et en même temps réussir à entreprendre. Ce n’est pas impossible, c’est possible à partir du moment où on s’organise », a évoqué Sati Sai, qui estime que la clé d’une femme qui veut réussir dans l’écosystème c’est l’organisation et la confiance en soi.
« C’est aux femmes de réorganiser leur temps autrement, de se créer des espaces de travail. Car, on ne va pas éliminer les charges ou les choses que nous devons faire, mais on organise notre temps pour les faire à un moment plus précis et éviter de perdre son temps sur les actions inutiles », a-t-elle évoqué.
Elle avoue par ailleurs qu’il existe de nos jours beaucoup d’opportunités adressées aux femmes dans le numérique. « Aujourd’hui, il y a plein d’appels à candidature aux femmes au niveau des organisations pour les former dans la Tech et donc c’est aux femmes maintenant d’oser », a-t-elle dit. Elle évoque également les opportunités qu’offrent les outils d’intelligence artificielle, des tutoriels… pour se faire former sans dépenser ni se déplacer.
« Il y a aussi un point important, il faut s’associer avec les autres, c’est-à-dire, il ne faut pas rester seule dans son coin. Il faut se mettre avec les clubs de femmes, des associations d’entrepreneurs… Car mettre en commun ses forces permet d’aller plus vite », a conclu Sati Sai, fondatrice et CEO de la startup togolaise Trankyl.
GRIT : une rencontre d’innovation tech révélatrice de talents
Julien TCHOUTE


















