Alors que l’Afrique de l’Ouest et du Centre font face à des défis persistants en matière de santé et de développement, les experts et organisations internationales alertent sur l’urgence d’investir davantage dans la nutrition de la petite enfance. Les premiers 1000 jours de vie, de la conception à l’âge de deux ans, sont reconnus comme une période déterminante pour le développement humain et le capital futur des nations. A Lomé, des réflexions sont menées pour mieux nourrir les petits enfants.
La conférence régionale sur la nutrition et la petite enfance en Afrique de l’Ouest et du Centre s’est ouverte, lundi 11 mai à Lomé. Selon les données présentées, « seulement un ménage sur trois a accès à une alimentation saine et nutritive dans certains pays comme le Togo”, révélant l’ampleur des inégalités alimentaires dans la région. Les petits enfants en sont les premières victimes.
Pour le développement de l’enfant, la période des 1000 premiers jours est critique. Les spécialistes rappellent que la malnutrition durant la grossesse et la petite enfance a des conséquences irréversibles. Elle affecte non seulement la croissance physique, mais aussi le développement cérébral, la réussite scolaire et, à long terme, la productivité économique.
« Les 1000 premiers jours constituent une fenêtre unique et irremplaçable pour bâtir les fondations de la santé et du développement cognitif », souligne Xavier Sire, le Directeur régional adjoint de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre au Togo. Rappelant que cette période conditionne fortement le capital humain futur.
Les chiffres interpellent. Les dernières estimations régionales montrent que : des millions d’enfants souffrent encore de retard de croissance en Afrique de l’Ouest et du Centre ; l’anémie touche une proportion importante des femmes en âge de procréer ; la malnutrition aiguë reste élevée dans les zones fragiles et touchées par des chocs humanitaires ; et moins de 40 % des enfants bénéficient d’une alimentation complémentaire adéquate dans plusieurs pays.
Selon les experts, ces situations compromettent directement les progrès vers les Objectifs de développement durable. « On ne rattrape pas les retards de développement cognitif. On ne reconstruit pas les capacités nutritionnelles perdues », a rappelé Martine Moni Sankaredja, la Ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance.
Cependant, elle rassure que par des politiques cohérentes, des investissements soutenus et des partenariats solides, cette fenêtre reste grande ouverte pour chaque enfant.
Des progrès mais encore insuffisants
Malgré les défis, plusieurs pays de la région ont engagé des réformes importantes en matière de nutrition, de santé maternelle et de développement de la petite enfance. Ces efforts incluent notamment : l’intégration de la nutrition dans les politiques sociales et éducatives ; le renforcement des programmes de santé communautaire ; l’extension des programmes de cantines scolaires et d’alimentation scolaire.
La nutrition, levier de développement économique
Pour les experts, la nutrition ne doit plus être considérée uniquement comme une question de survie, mais comme un investissement stratégique. « La nutrition est une condition préalable au développement du capital humain », a martelé le représentant de l’UNICEF au Togo.
Son impact direct sur la productivité, l’éducation et la résilience économique des pays est prouvé. « 1 dollars investi dans la petite enfance en génère 23 » rassure-t-il.
Une approche multisectorielle indispensable
Les acteurs du secteur s’accordent sur la nécessité d’une réponse intégrée, combinant la protection sociale ; les systèmes alimentaires ; l’accès aux soins de santé ; l’éducation et la petite enfance et l’autonomisation des femmes.
Cette approche vise à agir simultanément sur l’offre et l’accès à une alimentation saine, notamment à travers la fortification des aliments.
Alice Lawson















