Le quartier des Étoiles à Lomé abrite désormais le Djanta Tech Hub (DTH), un espace de 3000 m² destiné à l’innovation technologique togolaise. Il a été officiellement inauguré ce 7 mai et, selon le ministère de l’Efficacité du Service Public et de la Transformation Numérique (MESPTN), ce n’est que le premier maillon d’un réseau national de hubs à déployer sur tout le territoire.
“Djanta” en langue locale éwé signifie « Lion ». Il renvoie au courage d’entreprendre, l’audace de passer à l’action. Un choix sémantique qui n’est pas anodin et qui traduit la volonté du gouvernement togolais de créer un écosystème de startups technologiques. Mais aussi, des entrepreneurs qui osent passer à l’action pour créer de la valeur et des solutions ancrées dans les réalités togolaises.

Une vision née en 2018
Djanta Tech Hub est une initiative gouvernementale née en 2018, pensée comme un espace destiné à promouvoir l’entrepreneuriat et la créativité par le numérique. Il s’inspire de modèles comme le iHUB au Kenya. “L’histoire de ce site, c’était d’avoir un campus technologique où il y aurait des acteurs qui travailleraient sur la digitalisation, où il y aurait des écoles de formation et des entrepreneurs”, a précisé Cina Lawson, ministre de l’Efficacité du Service Public et de la Transformation Numérique (MESPTN).
Entre cette vision et le lancement officiel, il a fallu non seulement du temps, des arbitrages, mais aussi des partenaires et des financements. La Banque mondiale dans le cadre du Projet d’Accélération de la Transformation Numérique du Togo (PANT). Co-Creation Hub (CcHUB), acteur panafricain de l’innovation présent au Nigeria, au Kenya et au Rwanda, ainsi qu’une dizaine de structures publiques et privées.
Pré-incubation et accélération
Le Djanta Tech Hub s’adresse à deux catégories de cibles. Celles porteuses d’idées prometteuses à transformer en prototypes d’une part et celles dont les solutions ont déjà été testées et en voie de maturation. Deux dispositifs structurent l’accompagnement des porteurs de projets, selon leur niveau de maturité.
“Idée-Action”, un challenge qui cible tous ceux qui ont une intuition, une problématique identifiée, mais pas encore de solution formalisée. En trois mois, le programme transforme une idée en prototype fonctionnel, via une approche combinant apprentissage pratique et mentorat personnalisé.
“Innov’Action”, le second challenge s’adresse aux startups déjà opérationnelles, avec un produit testé sur le marché. L’objectif : consolider le modèle économique, améliorer le produit, élargir la base clients.

Ces deux programmes couvrent huit secteurs jugés stratégiques pour l’économie togolaise : agriculture, éducation, finance, tourisme, logistique, commerce et artisanat, industries créatives et productivité des TPME. Un périmètre large, mais cohérent avec une économie dans laquelle la tech doit s’ancrer dans des réalités concrètes pour produire de la valeur. Près de 72 startups seront accompagnées entre juin 2026 et juillet 2027, dans le cadre d’un premier programme entièrement financé par le MESPTN.
Les candidatures sont ouvertes depuis le jour même du lancement. Le processus est balisé : information, office hours, bootcamp, pitch, sélection. La première cohorte démarre le 20 juillet 2026.
Un hub mais pas que
Le Djanta Tech Hub n’est pas qu’un simple bâtiment isolé. C’est une architecture programmatique, une infrastructure coordonnée d’innovation, où chaque maillon en son sein joue un rôle défini.
C’est le cas du Togo AI Lab, anciennement Togo Data Lab qui accompagne l’intégration de l’intelligence artificielle dans les solutions des startups. L’Agence Togo Digital (ATD), quant à elle, assure le suivi opérationnel du projet et fournit experts et mentors pour l’évaluation des solutions technologiques. L’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCY) et Cyber Defense Africa complètent le dispositif sur les enjeux de sécurité numérique. La Société d’Infrastructure Numérique facilite l’accès à des solutions d’hébergement à coûts compétitifs pour les startups sélectionnées.
Un ancrage dans les réalité Togolaises
La technologie ne doit pas être déconnectée de la réalité, elle doit servir de réponse à des problèmes réels. Les huit secteurs retenus ne sont pas choisis par hasard. Ce sont des secteurs où le Togolais a des besoins concrets non couverts.

“L’agriculture est un secteur central pour l’économie togolaise. La finance aussi, parce que lorsque l’on pense à Lomé et au Togo, on pense aux secteurs financiers à cause des grandes banques que nous avons. Le commerce et les Nana-Benz, la logistique sûrement à cause du port de Lomé. Donc, nous pensions que c’était important que dans certains de ces secteurs clés d’économie, on puisse aussi soutenir des entrepreneurs’’, a déclaré Cina Lawson.
Un signal régional
Avec le lancement du DTH, le Togo joue ainsi une carte régionale assumée. Il ne s’agit pas simplement de former des startups locales, mais de se positionner sur les questions d’innovation technologique.
Grâce à CcHUB, partenaire opérationnel, le hub se présente comme un carrefour entre l’Afrique francophone et anglophone capable de concevoir et délivrer des programmes en français et en anglais. Dans une région ouest-africaine divisée par la langue, c’est un avantage compétitif réel. Le Togo joue ainsi une carte régionale assumée.
À terme, plus d’une centaine d’espaces d’innovation seront déployés sur tout le territoire togolais, avec le DTH comme tête de pont. Un hub majeur sur le site de l’Université de Lomé, des antennes en région, une connexion internationale via CcHUB. Une vision qui devra se traduire en résultats concrets pour les entrepreneurs togolais.
Clément Gado

















