Au Ghana, les femmes âgées accusées de sorcellerie subissent des traitements inhumains dans les régions du nord et du nord-est. Entre exil forcé, persécutions et rejet, certaines femmes ghanéennes vivent dans la peur permanente sous le regard impassible de l’État ghanéen, malgré la gravité des faits.
Dans la région du Nord et du Nord-est du Ghana où la chasse aux sorcières est une pratique courante, la vieillesse est synonyme de sorcellerie. Tenant aux traditions et aux coutumes obsolètes, certaines communautés dans le nord du Ghana continuent de violenter, d’accuser et de marginaliser des femmes, notamment les femmes âgées qui sont accusées de sorcellerie pour la plupart dans les sociétés africaines.
Selon le rapport d’Amnesty International, être une femme, être âgée, pauvre, ne pas avoir reçu d’éducation, souffrir de problèmes de santé ou d’un handicap suffit pour faire l’objet d’accusations de sorcellerie au Ghana. Faisant suite à ces accusations fortuites, bien des femmes sont envoyées dans des “camps de sorcières”, où nombreuses sont contraintes d’y passer le restant de leurs jours, dans des conditions de misère extrême. Dans ces conditions inhumaines infligées à certaines victimes des lynchages, d’autres y trouvent la mort.
« Ils ont battu ma mère avec des cannes et du fil de fer. Elle ne savait pas pourquoi, elle n’avait jamais fait de mal à personne. Quelques heures après, ils l’ont ramenée. Elle est décédée de ses blessures », témoigne Zeinab chez Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale (AIAOC).
Les motivations de cet acharnement
Les croyances traditionnelles, malgré la modernisation, sont toujours ancrées dans les pratiques de certaines communautés. Dans ces communautés, chaque cauchemar ou rêve a une interprétation. Ceci étant, à la suite d’un cauchemar d’un membre de famille, une vieille femme peut être accusée de sorcellerie et être expulsée vers le “camp des sorcières”.
Dans une société minée par l’extrême pauvreté, la jalousie est une des causes de cette situation alarmante. « Grâce à mon travail acharné, j’ai pu construire une maison en briques de cinq pièces. C’est là que la jalousie a commencé », explique Lariba au camp de Gambaga au micro de l’AIAOC
L’inaction de l’État ghanéen
Bien que le Ghana soit vanté pour sa démocratie en Afrique de l’Ouest, les femmes de certaines régions semblent en être exclues. Les droits des femmes sont bafoués sans aucune inquiétude dans certaines communautés. Ces femmes vivent dans des conditions dans lesquelles l’alimentation adéquate, le logement sûr, l’eau propre et surtout l’accès aux soins sont absents. Entre impunité et inaction de l’État ghanéen, des cas similaires augmentent de jour en jour.
Certaines femmes témoignent que les cas qui sont signalés ne font pas souvent l’objet d’enquêtes ni de poursuites judiciaires. Face à cette situation, le Parlement ghanéen avait discuté et voté un projet de loi en 2023 visant à protéger les victimes des accusations, cependant ce projet n’a jamais vu le jour.
Ce laxisme criard des autorités montre leur désintéressement en ce qui concerne la prise de mesures fermes pour protéger les droits des femmes dans le pays. « Étant donné que les résident·e·s des camps ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins, les autorités ont le devoir de les protéger et de les soutenir. Or, jusqu’à présent, elles échouent à le faire », affirme Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
La situation à laquelle les femmes du nord et du nord-est du Ghana font face reflète les maux qui gangrènent certaines communautés d’Afrique. Tout ceci sous le regard impuni des autorités qui semblent ignorer les droits de l’homme.



















