
Lomé, la capitale togolaise, accueille depuis ce lundi 20 avril 2026 les travaux préliminaires de la 23e Assemblée Générale Annuelle de la Conférence des Régulateurs des Télécommunications de l’Afrique de l’Ouest (ARTAO/WATRA). Pendant cinq jours, régulateurs, opérateurs, partenaires internationaux et représentants des organisations de consommateurs se retrouvent pour débattre des grandes priorités du secteur numérique. Au programme : harmonisation réglementaire, financement des infrastructures haut débit, cyber-sécurité, itinérance régionale.
Ce lundi, en marge des travaux de cette 23e Assemblée Générale, les régulateurs de l’ARTAO ont débattu de plusieurs sujets d’enjeu comme la régulation des services financiers. Les régulateurs à ces travaux ont appelé à la régulation concerté de ces services délivrés aux consommateurs avec des infrastructures télécoms comme véhicules.
Animé par Mme Salamata Rouamba-Illy, Conseillère technique au Secrétariat exécutif de l’ARCEP Burkina Faso, le panel sur la régulation des services financiers a réuni, entre autres, des représentants de NCA Ghana, de MTN Mobile Money, de l’UIT et un représentant des associations de consommateurs du Togo.
Les débats avaient pour but de répondre à une préoccupation partagée : comment réguler de manière collaborative et efficace (les services financiers notamment, ndlr) dans un écosystème convergent, afin de stimuler l’innovation, l’inclusion et la confiance ?
Pour apporter des éléments de réflexion à cette réflexion, le cas des pays comme le Ghana ou la Gambie disposant de leur propre banque centrale a été évoqué comme des modèles réussis de collaboration entre régulateur télécom et banque centrale.
La BCEAO appelée à s’impliquer davantage
Le principal point de friction du débat a porté sur le rôle de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).Plusieurs intervenants ont dénoncé la ligne de démarcation floue entre les régulateurs sectoriels et la banque centrale communautaire, qui génère une zone grise particulièrement dommageable pour les consommateurs. L’ARTP Sénégal, par la voix de son directeur général, Dahirou Thiam, a ouvert le bal en plaidant pour qu’un cadre de travail commun soit mis en place avec la BCEAO, s’inspirant des avancées enregistrées par les pays dotés d’une banque centrale nationale comme le Ghana.

Michel Galley, Directeur Général de l’ARCEP Togo, a appuyé sans détour : « depuis que les opérateurs ont obtenu leur agrément d’émetteurs de monnaie électronique, ils échappent à la régulation télécom, alors même que leurs transactions transitent par des infrastructures télécoms. » Le DG de l’ARCEP Togo a rappelé le cas de l’interopérabilité au Togo, bouclée techniquement en trois mois en 2021, mais dont l’opérationnalisation n’a pas été effective, faute d’agrément du régulateur du secteur des services financiers. Michel Galley a donc proposé à l’ARTAO d’inscrire ce dossier comme priorité absolue à traiter pour l’année en cours.
Bénin, bonne pratique à saluer
Face aux blocages constatés dans la zone UEMOA sous la régulation de la BCEAO, le Bénin a partagé avec les régulateurs télécom de l’ARTAO des pratiques alternatives expérimentées avec succès. En s’appuyant sur les codes USSD, l’Autorité de régulation du Bénin contraint les émetteurs de monnaie électronique à « interconnecter leurs plateformes ». Résultat : un citoyen peut désormais ouvrir un compte mobile money chez n’importe quel opérateur avec son seul numéro de téléphone. Un premier pas vers l’interopérabilité effective.
La voix des consommateurs, à la table
Autour de la table, Emmanuel Sogadji, de la Ligue des Consommateurs du Togo a apporté une contribution remarquée aux noms des organisations de consommateurs. L’homme n’a pas mâché ses mots. Entre les frais de transfert jugés « exorbitants, faute de plafonnement réglementaire », et la « confusion des consommateurs » qui ne savent plus s’ils doivent porter plainte chez le régulateur télécom ou à la banque centrale, le tableau qu’il a dressé était sombre. Sa conclusion : le déficit de réglementation bride l’essor des services financiers numériques et érode la « confiance des usagers ».
Passer aux actes
En clôturant cette session, le Président de l’ARTAO, Dr Herry Mané, a donné le cap. L’Afrique de l’Ouest dispose, selon lui, de la « volonté politique, de la capacité technique et d’un écosystème dynamique ». Mais ce qui manque, c’est la capacité à transformer les recommandations en politiques concrètes. « La véritable valeur de cette rencontre réside dans notre capacité à passer à l’action », a-t-il lancé, avant de renouveler l’engagement de l’ARTAO à promouvoir l’harmonisation réglementaire régionale et à renforcer la protection des consommateurs.

Les travaux de l’Assemblée Générale proprement dite s’ouvriront le 22 avril, avec à l’ordre du jour l’adoption du plan stratégique 2026-2030 de l’ARTAO.















