
Des jeunes femmes étudiantes et professionnelles dans les technologies ont tenu une journée d’intenses activités, samedi 27 juillet, à Energy Generation à Lomé. Elles ont été réunies par l’Agence Togo digital (ATD), soutenue par la GIZ Togo à travers le projet de transformation digitale de l’économie togolaise (ProDigiT). Le but, permettre à ces femmes de réfléchir aux actions à mener pour l’émergence des startups et talents digitaux féminins au Togo.
Rendez-vous de partage d’expériences, de réseautage et de réflexions, la rencontre à Energy Generation a permis à une centaine de jeunes étudiantes, issues d’une dizaine d’universités du pays, d’échanger sur les défis qu’elles rencontrent dans leurs cursus universitaires. Au-delà, elles ont mené des réflexions sur les stratégies à mettre en place pour encourager davantage de femmes à s’engager dans les filières technologiques. Pour galvaniser leur détermination et prouver que cela reste possible, ces étudiantes ont eu l’occasion de rencontrer des professionnelles femmes entrepreneures, expertes en technologies ou enseignantes des IT.
Pour ces jeunes passionnées des technologies, il faut des modèles à qui s’identifier. C’est l’objectif pour lequel l’Agence Togo digital (ATD) et la coopération allemande travaillent ensemble. L’objectif est d’améliorer la représentativité des femmes dans le secteur du numérique au Togo. Selon des statistiques évoquées à l’occasion, seulement 12% des 52% que représentent les femmes vivant au Togo s’intéressent aux technologies.
Fort heureusement, pour ceux qui en doutent encore, une nouvelle génération de jeunes femmes émerge pour équilibrer la donne. Etudiantes des universités publiques et privées du Togo, professionnelles ou encadreuses de jeunes entrepreneures, les participantes à la rencontre ont travaillé sur quatre thématiques à savoir : comment rendre visible les figures féminines tech et leurs réalisations clés au Togo ; comment appuyer le renforcement de capacités des jeunes femmes dans le numérique au Togo ; quels sont les métiers et débouchés les plus compétitifs dans le numérique au Togo et comment y avoir accès ; comment développer plus de startups tech féminines durables au Togo ?
De jeunes talents en perspective
Pour ces jeunes femmes, la motivation reste le principal carburant. Gracia Lotié Awaté, édutiante en licence professionnelle en sécurité numérique à l’Université et cybersécurité à l’Université de Kara n’a que faire des préjugés socioculturels. « Si je peux faire quelque chose pour garantir mon avenir, c’est dans l’informatique. C’est ma motivation, c’est ce à quoi je m’attelle », témoigne-t-elle. Sa collègue de la même filière à l’Université de Kara, Justine Eméfa Akoto épouse son idée. « Il faut se dire que c’est possible, chercher à s’améliorer avec l’aide de ceux qui y arrivent », renchérit-elle. Faisant référence aux aînées venues partager leurs expériences avec elles, Justine Akoto est confiante et peut donc déclarer : « si elles ont pu réussir, nous aussi nous le pouvons.»
Etudiante en 3è année de génie logicielle à Sokodé, Chérifa Inoussa Ogbone est, pour sa part, en stage à Lomé. La rencontre tenue à Energy Generation booste plus que jamais sa motivation. « Personnellement, j’ai un problème de confiance en soi. Mais en écoutant les témoignages de celles qui ont réussi, je suis confiante et je peux dire que je peux y arriver », rassure la jeune femme. Elle conseille à ses pairs de bannir le doute de leurs projets professionnels. Egalement étudiante en génie logicielle, Nabila Gountandi se réjouit d’avoir aujourd’hui des références auxquelles s’identifier. Pour elle, « vouloir, c’est pouvoir. » Elle pense qu’il faut promouvoir les technologies dès le bas âge, créer des clubs comme ceux d’anglais et autres pour sensibiliser les jeunes filles depuis les collèges et lycées. Nabila Gountandi recommande de démystifier les sciences et de mieux informer les jeunes filles afin de les amener à se décider très tôt. Ester Alokpa est, quant à elle, assistante de développement produits et services mobile money dans une société. Cependant, elle poursuit ses études en master 2 en finance digitale. « Cette rencontre m’a davantage donné des idées sur les débouchés des métiers du numérique au Togo. C’est un programme à encourager », a déclaré la professionnelle et étudiante. Des profils comme elle, il en existe de plus en plus au Togo dans les sciences et technologies.
Un encadrement rassurant

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un ensemble d’écosystème en pleine émergence au Togo. A la rencontre de ce 27 juillet, il y avait des références comme Gaël Matina Egbidji, ingénieure logicielle et cofondatrice de SOLIMI. Sa startup évolue dans la fintech en proposant des solutions innovantes de paiement et d’acquisition. Son parcours est un exemple à suivre, tout comme celui d’Innocente Gbékévi, ingénieure informatique, télécommunication et système ; l’une des rares femmes dans ce domaine au Togo. Autant de références qui inspirent la nouvelle génération de femmes engagées dans les technologies. Venue de Sokodé, madame Amoudiya Sibitti enseigne à l’Institut de formation aux normes et technologies (IFNT). Elle encadre une dizaine d’étudiantes en qui elle a une totale confiance. Elle leur transmet, non seulement ses compétences en technologies, mais aussi toute l’expérience d’une femme qui a su surmonter les défis socioculturelles et professionnelles.
A ces références uniques qui existent, il faut ajouter la disponibilité de nos jours, au Togo, de programmes et cursus de formations dans les sciences et technologies. Parmi les participantes, celles d’une licence professionnelle en sécurité informatique et cybersécurité, métier du multimédia et internet venues de l’Université de Kara. Directeur pédagogique de cette filière, Pagdame Tiebekabe, Docteur en cryptographie, algèbre et application appelle à dépasser les idées préconçues. « Dans certaines licences, surtout les mathématiques, physiques et chimie, les femmes sont présentes et s’imposent du mieux qu’elles peuvent », confirme-t-il. Occasion pour l’universitaire d’encourager les initiatives qui promeuvent les femmes dans les sciences et les technologies. L’enjeu pour le Togo est de taille, signale Dr. Tiebekabe dont l’Université encourage l’excellence féminine à travers des prix et bourses. « Il ne s’agit pas d’encourager des personnes incompétentes, mais il s’agit de donner la place qu’il faut aux femmes et de chercher une certaine parité dans ce domaine de l’informatique», argumente-t-il.
Des Initiatives pour un écosystème viable

Le projet de transformation digitale de l’économie togolaise (ProDigiT) mis en œuvre par la GIZ Togo, accompagne le gouvernement togolais, dans le renforcement de la coopération public-privé, autour des initiatives pouvant stimuler l’innovation numérique au Togo. La coopération allemande appuie ainsi des projets innovants des incubateurs et acteurs comme l’ATD. Cette dernière déploie à juste titre des projets en faveur de la promotion des femmes dans le numérique. C’est le cas du projet « Nana Tech » pour répondre au défi de la représentativité des femmes dans la tech. Selon Essi Rozenne Tossou, analyste de projet à l’ATD, « le programme Nana tech a mis en place cinq composantes. La composante Lab pour certifier les jeunes femmes étudiantes dans les compétences numériques ; tout comme la composante talent qui est une plateforme donnant accès à des ressources pédagogiques aux jeunes femmes pour renforcer leurs compétences dans le numérique. La composante entrepreneure cible les femmes entrepreneures dans la tech. Elle permet de les accompagner à asseoir leurs produits, à mieux gérer leurs entreprises et à les faire grandir. La composante immersion dote les femmes TPME et PME (qui ne sont pas dans le numérique) de capacités numériques à travers divers outils de communication numérique pour mieux gérer leurs entreprises. Puis la composante écosystème promeut des tables rondes dans chaque région pour réfléchir à la promotion des femmes dans le numérique.»
Après la rencontre de Lomé, l’ATD et la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCIT-Togo) entament ce lundi une tournée à Tsévié, Atakpamé, Sokodé et Kara. Au cours de cette tournée, environ 150 TPME togolaises seront sensibilisées sur les opportunités du digital, afin de les amener à booster leur compétitivité. La tournée est organisée en collaboration avec la coopération allemande.
Carlos Tobias


















