planification familiale
Kondo Mawuto, mère de famille, a adopté le planning familiale. Revendeuse, elle peut mieux s'occuper de ses trois enfants et de son commerce.

Espacer les naissances, décider du moment de sa grossesse et investir dans l’avenir sont la clé de la prospérité de nombreuses femmes. De ce fait, les droits à la santé sexuelle et reproductive, en particulier la planification familiale (PF), ne sont plus un simple choix, mais une véritable nécessité pour changer le destin économique des femmes en milieu rural.

L’Afrique subsaharienne reste l’épicentre de l’extrême pauvreté infantile. En 2024, plus de 52 % des enfants vivaient avec moins de 3 dollars par jour, un chiffre pratiquement inchangé depuis 2014, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et la Banque mondiale. Face à cette situation, il est donc fondamental de se pencher sur la question des droits à la santé sexuelle et reproductive, surtout la planification familiale (PF) en Afrique. Car encourager la planification familiale et l’utilisation des méthodes de contraception revient à mieux planifier le nombre d’enfants par couple, assurer la santé des femmes et aussi leur autonomie financière.

La planification familiale change la vie de nombreuses femmes dans certaines contrées rurales au Togo. Elle ouvre les portes des activités génératrices de revenus (AGR) et de l’éducation des enfants dans les milieux reculés. À Akparé, un village situé à environ 20 km d’Atakpamé (dans la commune Ogou 2 de la région des Plateaux-Est), le planning familial gagne du terrain et fait du bien à certaines familles modestes. Les naissances rapprochées ainsi que les grossesses précoces et non désirées sont contrôlées, ce qui permet à ces femmes de disposer de plus de temps pour mener leurs activités. De plus, la planification familiale permet à ces femmes d’éviter les décès dû à l’accouchement et toutes sortes de maladies.

Kondo Mawuto, revendeuse dans le canton d’Akparé et mère de trois enfants, explique : « La planification familiale a été pour moi un élément libérateur, car elle m’a permis de contrôler l’espacement de naissance de mes enfants et de faire plus d’économies en faisant de petites activités. Elle m’a aussi aidé à éviter des querelles liées à la prise en charge des enfants dans la famille. » Dans un milieu où la majorité des activités reposent sur les travaux champêtres, le recours à la planification familiale sous-entend faire moins de dépenses et subvenir aux besoins de la famille.

Les femmes qui adoptent les méthodes de contraception ne préservent pas non seulement leur santé, mais se donnent aussi les moyens d’entreprendre. Puisqu’elles ne sont pas tout le temps dérangées par les enfants et qu’elles disposent du temps pour mener des activités, constate Souklou Komlan, secrétaire du chef canton d’Akparé.

« Le planning familial permet à la femme de vaquer librement à ses occupations, de réduire les dépenses et d’alléger la charge financière du père de la famille », a expliqué Soklou Komlan.

Planification familiale, autonomie des femmes assurée

Un rapport du Groupe de la Banque mondiale de 2024 indique que les zones rurales restent les régions les plus pauvres du Togo (58,7 %). Et pourtant, la prévalence contraceptive moderne est seulement de 23,2 % chez les femmes âgées de 15 à 49 ans (2023) et le besoin non satisfait en planification familiale, lui, est de 22,3 % en 2023, selon un rapport de l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) au Togo (2024). Des chiffres alarmants qui interpellent sur la nécessité d’accélérer les projets axés sur la santé sexuelle et reproductive, en particulier la planification familiale.

Les femmes qui se prêtent au planning familial dans les milieux ruraux brisent les chaînes de la pauvreté, de la maladie et de la précarité. Elles réussissent à entreprendre, épargner et investir dans les études de leurs enfants. Car avoir moins d’enfants et non pas par pur hasard permet d’avoir un plan clair en ce qui concerne les décisions touchant à leur avenir.

« Les femmes qui planifient les grossesses, maintiennent leurs petites activités de commerce sans interruption ce qui leur permet non seulement de gagner, mais aussi de faire des économies. Et en faisant de l’épargne, elles scolarisent leurs enfants », explique Jules Broukoum, assistant programmes chargé de la mobilisation des ressources et plaidoyer à ATBEF (Association Togolaise pour le Bien-Être Familial).

Pour une femme qui suit une planification familiale, il est possible de suivre une formation pratique et se lancer dans une activité. À cette étape, la PL accélère l’autonomie économique des femmes tout en sécurisant leur parcours de vie, leurs revenus et l’avenir de leurs enfants.

« Moi c’est grâce au planning familial que j’arrive à faire mes activités et aussi à faire de l’épargne, puisque je n’ai pas beaucoup d’enfants et je fais moins de dépenses. C’est ça qui me permet de soutenir l’éducation de mes enfants et cela aide énormément mon mari », confie Mme Kondo Mawuto et mère de trois enfants.

Les défis

Si la planification familiale au fil des années gagne de la place dans les sociétés, permettant à de nombreuses femmes de se construire financièrement et aussi de veiller à leur santé, elle continue toujours de se heurter à des normes sociales et au manque de moyens financiers. Les tabous, la pression culturelle en faveur d’une grande descendance dans les sociétés africaines ainsi que la stigmatisation des adolescentes non mariées freinent encore l’accès à la planification familiale.

À ces facteurs s’ajoutent des problèmes liés à l’accès géographique aux services et aux financements instables, qui limitent la pérennité et l’efficacité des interventions dans certains milieux, selon Jules Broukoum.

« Le problème est dans la plupart des cas relatif aux moyens financiers. Les offres gratuites passent, mais la suite qui nécessite des frais pose problème », a d’abord souligné Mme Douti, agente à la maternité au centre medico social (CMS) d’Akparé. « À voir la curiosité des femmes, on sent leur intérêt à la planification familiale, mais jusqu’à 80% d’elles manquent de moyens financiers surtout dans les milieux reculés », a-t-elle conclu.

Alors, pour garantir un accès aux droits à la santé sexuelle et reproductive, notamment la planification familiale, les décideurs doivent mettre davantage de moyens dans l’accompagnement et la sensibilisation. Et ce, surtout dans les zones reculées où la pauvreté touche la majorité de la population.

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