
Le 20 juillet 2014, les militants du NET se sont réunis en congrès statutaire du parti sous le thème : « Construire le Togo dans la diversité ». A l’issue des assises, plusieurs recommandations ont été faites. Parmi les plus importantes, on note l’amélioration du statut de la femme dans la société togolaise, la nécessité de mettre en chantier la décentralisation dans les meilleurs délais, l’urgence de faire des réformes dans un cadre consensuel avant les élections, et la décision des militants de faire reprendre au parti son indépendance et son autonomie en le faisant participer aux élections présidentielles de 2015.
Sollicité pour représenter le parti à cette élection majeure pour l’avenir de notre pays, j’avais à l’époque donné mon accord, mais à une condition : que cette candidature soit à titre conservatoire. Suivant que l’élection soit à un ou deux tours, notre position ne serait pas la même. Pour un scrutin à deux tours, le NET serait naturellement au premier tour, quitte à soutenir celui qui, dans les rangs de l’opposition se maintiendra pour un éventuel second tour. Pour une élection à un tour, le NET versera sa candidature à toute initiative concertée, crédible et inclusive de l’opposition qui se mettra en place pour affronter le candidat du pouvoir.
Depuis l’explosion du groupe parlementaire ANC-ADDI, il devient illusoire d’imaginer une union de l’opposition avant le scrutin présidentiel de 2015. Dans ce cas, est-ce que le NET conservera sa candidature ? Oui, et voici les raisons:
La première raison est qu’il est temps de signer la rupture entre deux pratiques qui sont l’une comme l’autre particulièrement néfastes pour le développement de notre pays. D’un côté, le régime RPT/UNIR représenté par l’actuel président, Faure Gnassingbé, est caractérisé par la prédation du pouvoir et sa conservation. Toute la stratégie politique de son nouveau parti repose essentiellement sur cette constance ; conserver le pouvoir, malgré un taux de pauvreté qui ne baisse pas, et une paupérisation constante des couches les plus vulnérables de notre société. De l’autre côté, un courant majoritaire dans l’opposition et très contestataire, autrefois représenté par l’UFC et aujourd’hui l’ANC, a fait du rejet de tout compromis la clé de voûte de son engagement politique. Cette approche a cependant aussi une constance : c’est que 25 ans après l’ouverture démocratique du Togo, cette opposition échoue systématiquement à prendre le pouvoir.
Il faut inventer une troisième voie, celle de la rupture. Il faut recentrer la lutte politique sur les aspirations véritables de nos populations, qui ne se limitent pas à l’alternance politique, mais concernent aussi les problèmes d’emploi, d’eau, de santé, de protection sociale, de loisirs….. Nous incarnons cette rupture.
La seconde raison est qu’il faut apporter du sang neuf et jeune dans le paysage politique togolais, surtout de l’opposition. Notre opposition n’a pas quitté les années 90. Depuis 2010, le NET et moi avons eu le privilège de partager le quotidien de l’opposition agissante togolaise. Le verdict est sans appel : beaucoup sont restés bloqués en 1990. La même phraséologie, la même approche, basée sur les manifestations populaires et la négation absolue de l’adversaire politique. La même rengaine sur
les fraudes, pendant que les voisins d’en face s’adaptent au contexte, et réussissent un habillage qui ne les présente plus comme des parias à l’échelle internationale. Il faut marquer la rupture, et nous l’incarnons.
La troisième raison est personnelle. Je suis Gerry Taama, né à Siou, un petit village au fin fond de la savane du nord Togo. Petit, je suis allé pieds nus à l’école, à peine lavé en cette période d’harmattan. J’ai redoublé des classes, été exclus pour indiscipline du collège chaminade tout en étant 3ème de ma classe, j’ai été, sur le campus, directeur de publication du journal l’Elite, qui n’était pas tendre à l’endroit des militaires. J’ai plus tard été militaire, formé à Saint-Cyr. Je suis allé au feu, senti l’odeur de la poudre et l’adrénaline affoler mon poule. J’ai quitté l’armée, été enfermé dans une cellule pendant plusieurs semaines, avant de recouvrer ma liberté. J’ai écrit des livres, dont certains ont été récompensés par des prix prestigieux, je suis à la tête de deux entreprises, dont une, Togo Terre
d’Aventure, tente de présenter le Togo sous son meilleur jour. J’ai été escroqué, trompé, j’ai eu des déceptions en amour, j’ai, moi aussi, fait du tort à des gens, blessé et menti aussi parfois, sans jamais vouloir du mal à quiconque. Je suis un Togolais de 40 ans. Même si mon pédigrée est un peu particulier, je représente une génération intermédiaire, qui a commencé avec l’animation politique sous Eyadema et qui aujourd’hui peut ouvertement critiquer le chef de l’Etat dans les médias. Je suis de la génération agissante togolaise, et je suis prêt.
A partir du lundi 12 janvier, j’entame avec le NET une longue tournée qui va nous conduire dans toutes les préfectures du Togo, à la rencontre des Togolais. Je ferai cette tournée avec l’humilité qui nous a toujours caractérisés, en dormant chaque fois que nous le pouvons chez l’habitant. La première phase concerne les régions de la savane, de la Kara et la centrale. Vous pourrez suivre sur notre site internet www.net-togo.org, les différentes étapes de ce rendez-vous avec les Togolais. La vérité est sur le terrain, et nulle part ailleurs.
En juin 2012, le NET a été sollicité pour appartenir à la Coalition Arc-en-ciel. Convaincu que l’union de l’opposition reste la première marche pour l’alternance politique, le NET a donné son accord. Trois mois plus tard, refusant de s’associer à des manifestations qui demandaient l’insurrection populaire, le NET a quitté cette coalition, puis a pris part seule aux élections législatives. Sans remporter un siège, le NET a pourtant démontré sa détermination, et c’est la raison pour laquelle il sera sollicité
une seconde fois pour entrer dans la coalition arc-en-ciel. De la Coalition, le NET participera aux trois mois que dureront les discussions au sein de l’opposition, communément appelé conclave. Le NET sera d’ailleurs signataire du protocole d’accord donnant naissance au CAP2015. En novembre 2014, pour avoir réclamé une répartition équitable et consensuelles des CELI qui reviennent à la Coalition Arc-en-ciel, le NET en a été exclus, puis expulsé de CAP2015.
C’est notre histoire. Elle est riche en expérience et leçons. Mais elle nous a surtout permis de nous rendre à une évidence. Il faut une rupture complète avec toutes ces pratiques qui nous éloignent de l’alternance.
Pour finir, j’aimerais souhaiter, à l’orée de cette nouvelle année, mes meilleurs vœux au peuple togolais. Des vœux de santé surtout, car sans la santé aucune œuvre humaine n’est possible. Je vous souhaite aussi la promotion dans toutes vos entreprises. Que votre situation en décembre 2015 soit meilleure à celle de janvier 2015. Enfin, je vous souhaite, en cette année sensible pour notre tissu social, la paix. Puissions-nous avoir la sagesse, la tolérance et l’amour nécessaires pour nous épargner toute violence inutile pendant les élections à venir, afin de jouir ensemble du plaisir que Dieu nous donne en nous faisant vivre dans ce merveilleux pays qu’est le Togo.
Que le Seigneur nous protège.
Vive le Togo.
Gerry TAAMA


















