Le décès tragique de Justine, une adolescente de 13 ans mariée de force pour rembourser une dette familiale de 127.000 francs CFA, bouleverse la conscience collective au Togo. Ce drame survenu à Asrama, dans la préfecture de Haho, met en lumière la persistance des mariages forcés, malgré l’existence de lois nationales et d’engagements internationaux qui en interdisent la pratique.
Forcée par son père à se marier contre son gré, Justine a été confrontée à des violences conjugales, sexuelles et psychologiques. Submergée par le désespoir, elle a tenté de se suicider en ingérant un produit toxique. Transportée au CHU Sylvanus Olympio à Lomé, elle n’a pas survécu, malgré les interventions du personnel médical.
Indignations
Cet acte odieux a été fermement condamné par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), qui a rappelé que les mariages forcés violent les droits fondamentaux des enfants.
Pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent, le Mouvement Martin Luther King (Le MMLK) dans son communiqué exhorte les autorités à prendre des mesures pour prévenir de telles tragédies. Il recommande une enquête approfondie pour identifier et sanctionner les responsables, ainsi que des campagnes de sensibilisation renforcées pour informer les communautés rurales sur les dangers des mariages précoces et leurs implications légales. Le mouvement insiste également sur l’importance de mécanismes d’alerte précoce pour prévenir ces pratiques et demande un soutien accru aux enfants vulnérables, notamment par le renforcement des services sociaux et l’éducation des parents sur leurs responsabilités.
Une pléthore d’arsenal juridique…
Le Togo a signé et ratifié plusieurs conventions internationales protégeant les droits des enfants, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Ces instruments obligent les États à prendre des mesures contre les mariages d’enfants et autres violences.
A l’échelle nationale, le cadre légal est pourtant explicite. Le Code de l’enfant (loi n° 2007-017) fixe l’âge légal du mariage à 18 ans révolus, interdisant ainsi le mariage des mineurs. L’article 268 de cette même loi condamne également toute promesse de mariage impliquant un enfant. De plus, le Code pénal togolais (loi n° 2015-010) réprime sévèrement les mariages forcés ainsi que les violences domestiques et sexuelles.
Les articles 43 et 44 du Code des personnes et de la famille répètent successivement « L’homme et la femme choisissent librement leur conjoint et ne contractent mariage que de leur libre et plein consentement. L’homme et la femme avant dix -huit (18) ans ne peuvent contracter mariage. » et « Chacun des futurs époux, même mineur, doit consentir personnellement au mariage. Dans le cas contraire, le mariage est nul et tout acte sexuel impose est un viol. ». Ces articles cités mettent en lumière l’écart persistant entre les textes de loi et leur application sur le terrain. Au vu de ces textes plusieurs infractions graves ont été commises dans cette affaire : violation du droit à l’intégrité physique et psychologique, violences sexuelles, et non-respect des droits de l’enfant.
Le décès de Justine n’est pas qu’un fait divers tragique. Il est un signal d’alarme pour une mobilisation collective visant à éradiquer les mariages forcés, afin de garantir à chaque enfant une enfance protégée, libre et épanouie.
Victoire MISSIHU (Stagiaire)


















