Ce lundi 4 mai 2026, Sokpor Kossi Sitsopé Honoré, alias « Affectio », militant et poète togolais, a été présenté à un juge d’instruction, a annoncé son avocat Maître Paul Dodji Apevon. Il retournera en prison, a précisé ce dernier. Une issue qui clôt onze jours de détention et ouvre une nouvelle phase judiciaire pour cet homme déjà incarcéré pendant près d’un an pour avoir publié un poème sur les réseaux sociaux.
Des photos de caniveau au poste de gendarmerie
Les faits remontent au vendredi 24 avril 2026. Selon le Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo (CNCC), regroupant plusieurs organisations de la société civile et les partis ADDI, ANC, FDR et PSR, Affectio photographiait des caniveaux construits près du domicile de ses parents, « dans l’intention d’interpeller l’opinion sur l’importance des travaux pour la gestion des inondations à Lomé », lorsque des individus l’ont approché et lui ont demandé d’effacer les images.
Bien qu’il ait obtempéré, il a été contraint de les suivre. La suite est décrite dans le communiqué du CNCC : « quatre individus se sont jetés sur lui avec une violence inouïe, le plaquant au sol. Ils l’ont étranglé pour lui arracher sa sacoche et son téléphone portable, lui infligeant des blessures physiques ». Affectio a d’abord été conduit à la gendarmerie d’Agoè-Nyivé.
Jean-Pierre Fabre se déplace personnellement
Informé de l’arrestation le mercredi 29 avril, Jean-Pierre Fabre, président national de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), s’est rendu sans délai à la gendarmerie d’Agoè-Nyivé pour s’enquérir de la situation et apporter son soutien au détenu. À l’issue de sa visite, il a sollicité la libération d’Affectio auprès du commandant de la brigade, « estimant que son arrestation est abusive ». En réponse, le commandant l’a orienté vers l’unité Anti-gang qui avait procédé à l’interpellation.
Fabre s’est alors rendu au siège de ladite unité à Djidjolé, où il a rencontré le colonel Banawai. Ce dernier « a indiqué qu’il veillerait à ce que la situation soit traitée avec diligence en vue d’un dénouement rapide », selon le communiqué de l’ANC. Le lendemain, jeudi 30 avril, le président de l’ANC reprend contact avec le colonel. La réponse est moins rassurante : « l’exploitation du téléphone portable de M. Affectio Sitsopé Sokpor a révélé que les photos contenues dans l’appareil ne concernent pas seulement le chantier ». D’autres clichés seraient en cause. Les investigations se poursuivent. Affectio reste derrière les barreaux.
Nouveau périple difficile
Le 30 avril, après un passage à la brigade anti-gang de Djidjolé, Affectio est transféré au SCRIC (Service Central de Recherches et d’Investigations Criminelles), « au mépris de ses problèmes de santé connus », dénonce le CNCC. Les autorités justifient désormais la prolongation de sa détention par la découverte sur son téléphone d’images autres que celles du chantier. Affectio est soupçonné de les avoir transmises à des membres de la diaspora, en l’occurrence le Mouvement du 6 juin (M66). Un mouvement des jeunes togolais de la diaspora très critiques vis-à-vis du régime togolais.
Un « cas d’acharnement »
Pour plusieurs formations de l’opposition, le dossier s’inscrit dans un schéma plus large. « Pour le régime de Faure Gnassingbé, les arrestations arbitraires et la restriction de l’espace civique sont devenues un mode de gouvernance pour faire taire les voix dissonantes », écrivent dans un communiqué conjoint la DMK, la DMP, la LDP et le mouvement « Touche Pas À Ma Constitution ».
Le parcours d’Affectio donne du poids à cette lecture. De janvier à décembre 2025, il avait déjà été incarcéré après la publication d’un poème sur Facebook dans lequel il dénonçait l’arbitraire. Libéré sous contrôle judiciaire en décembre, il aura passé moins de quatre mois en liberté avant de se retrouver à nouveau devant un juge, cette fois pour des photos de caniveau.
Le CNCC appelle les autorités à « cesser le harcèlement systématique contre ce citoyen » et exige sa libération immédiate et sans condition. Mais la présentation au juge d’instruction le 4 mai semble avoir définitivement fermé cette porte, du moins pour l’instant.













