Alors que le paysage médiatique togolais enregistre de plus en plus de femmes, la place à elles accordée, tant dans la gestion des rédactions que dans le traitement de l’information, reste un combat de tous les instants. Entre stéréotypes tenaces et sous-représentation, radiographie d’un secteur en quête d’égalité.
Dans les studios de radio, sur les plateaux de télévision et dans les colonnes des journaux au Togo, la voix des femmes peine encore à se faire entendre avec le même poids que celle des hommes. Si des avancées sont visibles, les dynamiques de genre au sein des médias reflètent souvent les inégalités socioculturelles persistantes de notre société.
Un plafond de verre dans les rédactions
Le premier constat est structurel. Bien que les écoles de journalisme togolaises forment de nombreuses femmes, le sommet de la pyramide décisionnelle reste majoritairement masculin. Les postes de directeurs de publication, de rédacteurs en chef ou de directeurs des programmes sont rarement occupés par des femmes. Seulement 23% des sujets traités abordent la question genre selon les chiffres du dernier rapport de l’Observatoire Togolais des Mediaş (OTM).
En 2025, 1 474 productions médiatiques portant sur les questions de genre ont été analysées par la même organisation de presse. Au sein des médias togolais, les femmes demeurent également sous-représentées dans les postes de décision. Elles représentent environ 24 % du personnel des médias publics et 26 % des médias privés. Leur présence est encore plus faible dans les fonctions dirigeantes, où seules deux femmes occupaient des postes décisionnels dans plus d’une dizaine de radios étudiées. Le monitoring de l’OTM réalisé en 2025 montre également que 35 % seulement des productions médiatiques sont réalisées par des femmes, traduisant la persistance des inégalités de genre dans le paysage médiatique togolais
Ce manque de représentativité aux postes de décision influence directement la ligne éditoriale des médias. Sans une sensibilité de genre au niveau managérial, les sujets liés aux droits des femmes comme l’autonomisation économique, la santé sexuelle ou les violences basées sur le genre (VBG) sont souvent relégués au second plan ou traités sous un angle purement sensationnel.
Malgré les progrès enregistrés en matière d’égalité de genre, les questions relatives aux droits des femmes demeurent insuffisamment traitées dans les médias togolais ou sont parfois abordées sans une connaissance approfondie des textes juridiques qui les encadrent.
Des leviers juridiques et des initiatives locales pour changer la donne
Au niveau international et régional, le pays est signataire de plusieurs instruments juridiques comme la CEDEF (ou CEDAW en anglais) la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Maputo, deux instruments qui exigent l’élimination des discriminations. Sur le plan interne plusieurs textes (la constitution Art 2 et 11, le code Pénal, le Code foncier et domanial, le code du travail …) insistent constant sur la prise en compte du genre dans toutes les sphères publiques.
Le Togo dispose de mécanismes institutionnels et de textes ratifiés qui tracent le cadre théorique de l’égalité dans l’espace public. « Ces outils mises en œuvrent suffissent à inverser la tendance. En matière de textes, nous n’avons rien à envier aux pays de la sous-région » s’est réjoui Andréa Aziabou, Juriste chargée de programme Togo à WILDAF Afrique de l’Ouest.
Le développement du Togo ne pourra se faire sans la moitié de sa population. Les médias, en tant que miroirs et façonneurs de l’opinion publique, ont la responsabilité historique de mener ce changement. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu de justice sociale, mais d’une condition sine qua non pour une information plurielle, démocratique et de qualité.
« Il est impératif de multiplier les actions de sensibilisation. Nous sommes différents sur le plan biologique, mais en matière de droits, personne ne devrait être discriminé. Promouvoir ces droits, c’est œuvrer dans l’intérêt de toute la société », a martelé Joseph Atchali, juriste au ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’enfance.
Afin de renforcer la qualité des productions médiatiques, l’Association Ekina et EkinaMag avec l’appui du Fonds Pananetugri a organisé une formation à Lomé les 25 et 26 juin 2026. Autour de la thématique : « Comprendre et défendre les droits des femmes dans les médias au Togo », il s’agissait de renforcer les capacités de 25 journalistes en majorité des femmes sur les droits des femmes et les cadres juridiques de protection afin d’améliorer le traitement médiatique des questions de genre et de promouvoir un journalisme fondé sur les droits humains.
Dans le traitement des questions liées aux genre, le récit fait toute la différence. Pour André Kagni Afanou, président du Conseil d’administration du Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH) : « lorsqu’un article annonce simplement qu’une femme a tué son mari, il faut aller au-delà du fait brut. Si cette femme a subi des violences pendant près de dix ans, cet élément de contexte mérite d’apparaître dans le traitement journalistique. Il ne s’agit pas de nier le crime, mais de permettre au public de comprendre les circonstances qui ont conduit à ce drame. »
A la suite de cette formation, une douzaine de journalistes seront sélectionnées pour être la première cohorte du Programme « Ambassadrices Genre dans les médias ».

















