décentralisation, Payadowa Boukpessi
Payadowa Boukpessi, Ministre de l'administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales

Au Togo, l’opinion critique une note du ministre de l’administration territoriale adressée aux maires. Le ministre Payadowa Boukpéssi y demandait des comptes des dépenses aux élus locaux. Ce qui semble fâcher, c’est le ton du courrier…

Six petites lignes où le ministre Payadowa Boukpessi demande des comptes des dépenses aux maires. Six petites lignes du patron de l’administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales qui fâcheraient les élus locaux. Si peu de voix s’élèvent « contre le patron » dans le rang des maires, les réactions publiques sont laissées aux populations.

Le sujet fera sans nul doute objet de polémiques pour quelques jours. Sur la toile, plusieurs dénoncent le ton du courrier. Selon les critiques, le courrier a une allure d’ordre. Selon un juriste, spécialiste des droits politiques, ce courrier traduit « la conception que certains ont du pouvoir qu’ils exercent », en rappelant que le ministre est nommé alors que les maires sont élus. Ce qui est reproché au ministre Boukpessi, c’est l’absence de « courtoisie » dans les propos.

Une injonction…

« J’attache du prix au strict respect des présentes instructions », écrit le ministre en guise de conclusion. Cette formule régulièrement utilisée dans les échanges administratifs a malheureusement accentué les interprétations, au vu du début de la note. Un internaute y voit un « ordre qui passe mal » à ses yeux. « On ne devrait pas s’adresser de cette manière à des gens supposés être eux aussi des responsables », décrie l’internaute. « Un courrier indigne. Il y a toujours une formule de politesse et un style à respecter », scande un autre sur sa page Facebook.

Sollicité pour avis, un spécialiste du droit public précisera que c’est une injonction ! La forme de la note manque-t-elle de « courtoisie » ? « Même s’ils sont sous sa tutelle, ce sont des élus, des représentants des collectivités », a rétorqué notre interlocuteur. Le ton porte à croire qu’il s’agit d’un directeur qui s’adresse à ses subordonnés, ajoute-t-il.

Un autre expert en sciences politiques ira plus loin. Sans rentrer dans les détails, ce spécialiste pense que « c’est curieux que le ministre de l’administration territoriale soit obligé de demander ce genre de rapport puisque, fait-il observer, lorsque l’administration fonctionne dans les règles, normalement ces genres de rapports se font systématiquement sans intervention du ministre et il devrait les avoir ».

L’Etat d’esprit…

La note critiquée en date du 15 juin 2020

Si la note a interpellé sur la forme, selon les réactions des uns, le fond a plutôt fait l’objet d’attention d’autres. Certains préfèrent y voir de possible soupçon de fraude ou d’employés fictifs ayant motivé la sortie du ministre. Selon notre spécialiste en droits politiques, même dans ce cas de figure, le ton reste problématique. « Même si vous violer la loi, le policier, lorsqu’il arrive chez vous, vous adresse un bonjour d’abord », soutient-il.

D’autres estiment qu’il s’agit d’une note qui n’avait pas besoin de formules de politesse ! « Toutes ces critiques sont de la surenchère », regrette un fiscaliste. Pour lui, l’enjeu du courrier est bien plus important. « Il s’agit de veiller à la bonne gouvernance », fait-il observer. Argument qui n’a pas convaincu les détracteurs de la note administrative. « Le grand problème, c’est le ton. Ce qui inquiète, c’est lorsqu’on regarde bien des courriers précédents du ministre Boukpéssi, le ton est le même et cela semble être sa façon de faire », déplore le juriste, spécialiste en droits politiques. Il fait observer que dans le gouvernement, d’autres ministres ont un ton plutôt convenable au courrier administratif ». « Il aurait pu par exemple dire « je vous serai gré », pense-t-il, au lieu de « je vous demande…. ».

L’état d’esprit dans lequel le courrier est écrit, c’est ce qui choque ce juriste togolais. Ce dernier dit craindre une tendance à la superpuissance dont font preuve certains officiels. « Nous craignons qu’à cette allure, les maires n’attendent les injonctions du ministre pour déployer leurs plans de développement de nos collectivités », s’inquiète-t-il. S’il est en accord avec la nécessité de la transparence dans la gestion des affaires locales, il insiste que les maires ont besoin de ne pas se sentir surveiller comme du lait sur le feu. Ce qui leur enlèverait leur marge de manœuvre, renchérit-il.

Un apprentissage en cours

Les dernières élections locales se sont déroulées au Togo en juin 2019, plus d’une trentaine d’années après. Certains maires peinent encore à prendre leur marque. Du côté de l’administration centrale, c’est aussi une nouvelle ère de relation qui s’ouvre avec les populations à la base à travers les élus locaux, font observer d’autres acteurs sur la gouvernance locale.

Les critiques formulées contre la note qui fâche du ministre Boupkéssi ont remonté à ses services.  Cependant, rassurent-ils, il n’y a aucune volonté de mépris de la part du ministre.

« Je crois que nous sommes dans un processus, il y a toujours cette période d’apprentissage. Il ne m’a jamais paru dans les faits et actes du ministre un mépris aux élus locaux. Un ministère est une structure avec beaucoup de composantes. Il revient aux différents acteurs de comprendre et d’assimiler les attributs d’un élu local et de faire prévaloir la courtoisie administrative au besoin. Nous sommes en apprentissage, avec un peu de pratique nous y arriverons », a expliqué Alex koffi EDOH, conseiller technique auprès du ministre de l’administration territoriale de la décentralisation et des collectivités locales, joint par la rédaction.

Carlos Tobias

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