Hugues Sossoukpè
Hugues Sossoukpè

Le journaliste Hugues Sossoukpè a été arrêté à Abidjan le 10 juillet dernier, à la suite d’une opération secrète menée par des policiers béninois en sol ivoirien. Reporters sans frontières (RSF) dénonce, dans une nouvelle publication, une opération en dehors de tout cadre légal. L’organisation accuse les autorités ivoiriennes de passivité et qualifie d’enlèvement l’opération menée par des policiers béninois sur le sol ivoirien, selon les sources de RSF.

Le directeur du média béninois d’investigation Olofofo, Hugues Comlan Sossoukpè, bénéficiait d’un statut de réfugié au Togo depuis 2021, après son exil entamé 3 ans plus tôt (2019). Alors qu’il avait été invité à couvrir un salon du numérique en Côte d’Ivoire, le journaliste a été arrêté dans sa chambre d’hôtel et transféré au Bénin par un avion privé. Selon RSF, l’opération aurait été menée sans l’implication des autorités judiciaires de la Côte d’Ivoire, encore moins de celles de la police judiciaire.

Près de deux semaines après l’arrestation controversée de Sossoukpè, le porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly, avait déclaré qu’il s’agissait de l’exécution d’un “mandat au nom de la coopération judiciaire avec le Bénin.” Cependant, RSF qualifie l’arrestation d’un “rapt” plutôt que d’une exécution d’ordre légal.

Les services de renseignements béninois auraient localisé le journaliste en terre ivoirienne grâce à ses activités sur Facebook, selon RSF. Elle révèle des échanges de messages entre un ministre béninois et le ministre ivoirien de la défense. Dans sa tentative de convaincre son homologue béninois, le ministre béninois faisait passer le journaliste pour un “cyberactiviste dangereux” faisant l’apologie du terrorisme, selon RSF.

Prudentes, les autorités ivoiriennes instaurent une “surveillance passive” confiée à une unité spécialisée dans la lutte antiterroriste. D’après ce qui est décrit par RSF, le procureur de la République de Côte d’Ivoire a été saisi de la surveillance.

Contactées pour livrer le journaliste, les autorités ivoiriennes ont d’abord refusé pour insuffisance de preuves de ce qui a été préalablement dit. Toutefois, Hugues Sossoukpè est arrêté le 10 juillet 2025. Il est directement conduit à l’aéroport privé d’Abidjan pour embarquer dans un avion spécialement affrété, à l’insu du procureur et de l’unité de surveillance, selon RSF. De quoi s’interroger sur les acteurs du rapt et de leur soutien.

Des manquements graves à Abidjan 

Alors que la communication officielle d’Abidjan assure qu’aucune action illégale n’a été commise, un lieutenant-colonel ivoirien impliqué dans la surveillance de Sossoukpè a été arrêté et interrogé discrètement, d’après RSF.

RSF dénonce de « graves manquements », puisque le journaliste n’a pas eu accès à un avocat, n’a pas pu consulter un magistrat, ni contester son “extradition”. De plus, le principe de non-refoulement, garanti à toute personne bénéficiant du statut de réfugié, « a été bafoué de manière flagrante », a rappelé RSF.

Reporters sans frontières appelle désormais à une enquête transparente et sérieuse afin d’établir les responsabilités des personnes impliquées dans le processus illégal de l’arrestation du journaliste. Car, incarcéré dans une cellule isolée au Bénin, Hugues Sossoukpè est poursuivi pour “harcèlement par le biais d’un système informatique”, “rébellion” et “apologie du terrorisme”, précise RSF.

Cette affaire rappelle l’enlèvement de l’activiste Steven Amoussouau Togo en août 2025 dans des conditions presque similaires.

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