Carême
Père Aurélio Koudjonou

Dans quelques heures, c’est le début du Carême. Une période de quarante jours pendant lesquels les chrétiens sont appelés à jeûner, prier et partager. Beaucoup de fidèles se demandent : comment bien jeûner ? Quels sont les interdits ? Et surtout, comment vivre ce temps sans qu’il devienne une routine spirituelle vide? Pour répondre à ces préoccupations, nous avons rencontré le Père Aurélio Koudjonou « Padre Aurelio » sur les réseaux sociaux, vicaire à la paroisse Saint-Esprit de Totsi dans l‘Archidiocèse de Lomé et étudiant en Finances publiques. Un échange sans détour, pour redécouvrir le carême.

Full News Info : Bonjour Père Aurélio ! Quelle est selon vous la principale incompréhension des fidèles autour du carême ?

Père Aurélio Koudjonou : La principale incompréhension est de réduire le Carême à une simple privation alimentaire. Beaucoup pensent qu’il s’agit seulement de se priver de nourriture. Le jeûne est un exercice spirituel parmi tant d’autres proposés par l’Eglise, notre Mère et Éducatrice. Une autre incompréhension est de toujours comparer le temps de carême (40 jours) au mois de Ramadan (30 jours) de nos frères musulmans. Le carême prépare à Pâques, et c’est important de l’avoir en ligne de mire.

Concrètement qu’est-ce que jeûner selon l’Église catholique ? Un seul repas complet dans la journée, quelques petites collations… ? Eclairez-nous sur ce sujet ?      

D’abord, le jeûne est une privation de nourriture ou de plaisirs dans le but d’élever son âme vers Dieu. Le but premier du jeûne est de purifier notre âme. Ce n’est pas directement pour avoir une grâce quelconque de la part du Seigneur. Mais c’est c’est pour purifier l’âme par le feu de l’Amour Divin. Le but n’est pas de mettre en danger sa vie en envisageant un héroïque exploit ou une « grève de la faim », mais d’exprimer un effort spirituel et une maîtrise de soi. Le jeûne aide à développer la discipline intérieure et à se rendre plus disponible à Dieu ; se décentrer de soi et s’ouvrir à Dieu et aux frères humains. Ainsi, nous voyons que le jeûne pour le temps de carême peut être abordé sous plusieurs angles. Il nous faut jeûner en nous privant de tout ce qui alourdit notre âme (nourriture, plaisirs, écarts de comportements, …). Il ne sert à rien de se priver de nourriture et d’avoir la mine renfrognée toute la journée ou d’être désagréable envers le prochain. Et Dieu lui-même nous dit le jeûne qu’il préfère :  » Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ?

N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ?  » Isaïe 58, 6-7

Il y a-t-il des exemptions prévues par l’Eglise ?

Oui, l’Église prévoit des dispenses pour protéger la santé et la dignité humaine. Les personnes malades, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées, les diabétiques ou les travailleurs exerçant des tâches physiquement très exigeantes peuvent être dispensés du jeûne strict. Elles sont invitées à vivre l’esprit du Carême autrement, par la prière et la charité.

Pendant le Carême, quels aliments ou quelles pratiques sont déconseillés et quelles sont leurs raisons d’être ?

Traditionnellement, l’abstinence de viande rouge est recommandée les vendredis de Carême. Cela symbolise un effort volontaire et un sacrifice offert à Dieu. Aussi manger de la viande était depuis les origines un plaisir (…) Donc les vendredis pour nous emmener à nous unir plus étroitement au mystère de la Passion du Christ, nous devons nous abstenir de manger de la viande saignante. Plus largement, le Carême invite à éviter les excès, les distractions inutiles ou les comportements qui éloignent de Dieu. L’objectif est de libérer le cœur pour mieux aimer Dieu et le prochain, un dépouillement total.

Père Aurélio, au-delà de la simple privation des repas, qu’est-ce qui fait qu’un jeûne devient spirituellement fécond ?

Un jeûne devient fécond lorsqu’il s’accompagne d’un changement du cœur. Si le jeûne conduit à plus d’amour, plus de pardon, plus de justice et plus d’attention aux pauvres, alors il porte du fruit. Sans conversion intérieure, le jeûne reste seulement un effort physique

Pendant le Carême l’Église invite à trois pratiques que sont le jeûne, la prière et le partage. Comment vivre ces trois aspects ensemble?

J’aime à dire que le jeûne, la charité et la prière doivent toujours aller ensemble. Ces trois dimensions sont inséparables. Le jeûne nous décentre de nous-mêmes. La prière nous recentre sur Dieu. Le partage nous ouvre aux autres. Un Carême équilibré consiste à nourrir ces trois piliers. Par exemple, ce que l’on économise en jeûnant peut être offert à une personne dans le besoin. Et le temps que je prends pour jeûner, doit servir à prier pas seulement pour moi, mais pour les autres, prier pour le monde.

À quoi pourrait bien ressembler une journée de carême bien vécue ?

Une journée de Carême pourrait commencer par un temps de prière personnelle et la lecture de la Parole de Dieu, ou la participation à l’Eucharistie. Elle se poursuit par l’effort du jeûne ou d’un sacrifice volontaire. Elle s’achève par un acte concret de charité ou un examen de conscience pour relire sa journée devant Dieu. Celà est vraiment important.

Pendant le Carême, on ne chante plus l’Alléluia et le Gloria. Quel est le sens de ces changements dans la liturgie ?

Le silence de ces chants exprime l’attente et la pénitence. Le Carême est un temps de préparation à la grande joie de Pâques. L’absence de ces chants nous aide à entrer dans une atmosphère de recueillement et rend la célébration pascale encore plus lumineuse.

Full News : Père Aurélio, pour terminer comment éviter que le Carême devienne une routine spirituelle vide ou une tradition ?

Père Aurélio Koudjonou : Pour éviter la routine, il faut vivre le Carême comme une rencontre personnelle avec Dieu. Il est important de se fixer un objectif spirituel concret : pardonner, approfondir la prière, se réconcilier avec quelqu’un, ou s’engager davantage dans le service. Avoir un objectif général inspiré par le Saint-Esprit, et décliner cet objectif en objectifs spécifiques quotidiens à atteindre. Il est important de savoir que nous ne sommes en concurrence avec personne pour le carême. C’est notre relation avec Dieu qui est importante. De ce fait, il nous faut avoir les yeux fixés sur Jésus-Christ, c’est Lui qui va au désert avec nous. Indubitablement, un Carême transforme lorsqu’il change notre manière de vivre, d’aimer et de croire.

Propos recueillis par Jude Assoti

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