Aamron
L'artiste Aamron a été appréhendé à Lomé à son domicile

Arrêté dans la nuit du 26 mai dernier par une cinquantaine de gendarmes, l’artiste engagé Aamron a finalement recouvré la liberté ce samedi 21 juin 2025. L’artiste aurait subi des actes de torture, selon les déclarations de son avocat Me Célestin Agbogan.

Le rappeur togolais Aamron, connu pour ses prises de position critiques contre la gouvernance du pays a été interpellé le 26 mai 2025. Après avoir été conduit en plusieurs lieux où il a été séquestré et torturé, à en croire son avocat, il a finalement été interné au centre psychiatrique de Zébé. Il y a reçu des soins, et moins d’un mois plus tard, le médecin chargé de son traitement a estimé que l’artiste va mieux et l’a ramené lui-même à son domicile, a précisé l’avocat dans un entretien accordé à “Echo Togo”.

L’artiste, de son vrai nom Tchala Essowè Narcisse, a été libéré le samedi 21 juin dernier. Me Célestin Agbogan, revenant sur les conditions de l’arrestation de l’artiste et de son séjour avec ses géoliers, a déclaré qu’il a subi des traitements inhumains.

Traitements inhumains sur l’artiste Aamron

Dès son arrestation, sans mandat ni convocation préalable, Aamron a été conduit au SCRIC (Service central de recherches et d’investigations criminelles), où il aurait subi des traitements inhumains.

« De toute façon, quand ils l’ont amené au bureau du Scric, après, ils l’ont fait sortir à un endroit toujours dans la même enceinte. Ils l’ont menotté dans des conditions déplorables et ils ont commencé à le bastonner », a d’abord confié l’avocat d’Aamron, Me Célestin Agbogan, au micro de l’émission Écho du Togo.

Entre séquestration et actes de torture, l’artiste aurait subi des traitements dégradants. Alors que l’artiste évoque un simple redressement, ses détracteurs reconnaissent ouvertement être en train de le torturer dans les locaux du Scric.

« Ils lui ont demandé, qu’est-ce que nous sommes en train de vous faire ? Aamron a répondu, vous êtes en train de me redresser et ils ont dit non. On ne vous redresse pas, on vous torture. Donc, ce sont eux-mêmes qui ont utilisé le mot “torture” », a confirmé Me Célestin Agbogan, précisant qu’il ne voudrait pas aller en détails.

L’avocat du rappeur Aamron affirme que son client n’a pas seulement subi des actes de torture, mais aussi des menaces de toutes sortes de la part des agents du SCRIC. « Nous sommes en train de te torturer. Si Dieu t’aide et tu t’en sors un jour, tu peux aller faire tes lives pour dire que nous t’avons torturé, mais personne ne nous fera rien », auraient lancé les gendarmes du SCRIC, selon les propos rapportés par l’avocat de l’artiste.

Quid des excuses d’Aamron

Quelques jours après son internement à Zébé, Aamron est apparu dans une vidéo où il présentait ses excuses au président du Conseil, Faure Gnassingbé. D’après son avocat, cette vidéo aurait été faite sous contrainte. « Quand on l’a interpellé, ce qu’on lui reprochait, c’est d’avoir tenu des propos désobligeants et injurieux à l’égard de monsieur Faure Gnassingbé […]. Je suis prêt à présenter mes excuses, mais laissez-moi aller chez moi pour présenter mes excuses dans les mêmes conditions que j’étais pour tenir des propos injurieux », a demandé Aamron aux agents du Scric selon les témoignages de son avocat.

Lorsque l’artiste a demandé à rentrer chez lui avant de présenter ses excuses, ceux qui le détenaient se sont opposés. «Si vous insistez, je le ferai, mais sachez que ça va se retourner contre vous parce que ce serait malgré moi. Et c’est comme ça que la vidéo que nous avons vue a été faite », explique l’avocat Me Célestin Agbogan.

Le Togo, un État de droit ?

Interrogé sur la manière dont une personne ayant tenu des propos jugés injurieux envers une autorité devrait être interpellée dans un État de droit, l’avocat d’Aamron a répondu en ces termes : « Dans un État qui se dit de droit, on ne peut pas interpeller une personne lorsqu’il n’y a pas de plainte adressée au procureur de la République. Il s’agit ici d’une attestation arbitraire », a-t-il dénoncé.

Ces témoignages soulèvent de sérieuses interrogations quant au respect des lois au Togo. « Nous disons que nous sommes dans un État de droit. Un État de droit, ce n’est pas un État dans lequel il y a les lois, mais il faut que ces lois soient appliquées […]. Puisque même les dirigeants violent la loi jusqu’à la Constitution, la loi fondamentale de la République », a déploré Me Célestin Agbogan.

Beaucoup espèrent que des mesures appropriées seront prises dans les jours à venir afin que les auteurs présumés de ces traitements inhumains soient traduits en justice pour faire lumière à ces témoignages. Pendant ce temps, la vie sociopolitique au Togo reste tendue, et de nouvelles manifestations sont prévues les 26, 27 et 28 juin prochains. Le week-end, un communiqué signé du gouvernement dissuade et brandit le code pénal contre les éventuels manifestants. Quelques jours auparavant, des propos attribués à la ministre de la communication laissent croire que le gouvernement dit ne pas être informé des cas de tortures dénoncés.

 

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