Soudan, Or

L’Union Européenne a suspendu l’achat, l’importation et le transfert d’or en provenance du Soudan. Cette mesure annoncée le 13 juillet dernier est justifiée par le fait que les belligérants utiliseraient les revenus aurifères pour financer la guerre qui sévit au Soudan depuis plus de trois ans.

Un embargo pensé pour assécher les caisses de guerre

Annoncée par les Ministres des Affaires Etrangères des vingt-sept pays membres de l’Union Européenne, cette mesure de suspension est motivée par la volonté de cette Organisation de voire cesser ce conflit armé qui a fait déjà beaucoup de ravages au Soudan.

Concrètement, plus aucun opérateur européen évoluant dans le secteur aurifère et des mines n’a le droit de faire des transactions autour de l’or extrait du sous-sol soudanais.

Le mercure et le cyanure qui sont des substances chimiques utilisées dans la production artisanale d’or ne doivent plus être exportés de l’Europe vers le Soudan.

L’objectif est de tarir les revenus issus de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’or pour asphyxier financièrement les belligérants.

En effet, les deux principaux belligérants sont l’armée soudanaise (Les FAS) et les forces de soutien rapide (FSR). Pendant que la première faction a la mainmise sur les recettes d’exploitation de l’or grâce à son pouvoir institutionnel, la seconde occupe des zones d’orpaillage traditionnel et industriel notamment dans le Darfour.

Quelle dimension et quelle efficacité pour cette mesure ?

Malgré la légitimité de cette initiative de l’Union Européenne consistant à priver les belligérants de cette ressource stratégique, un doute subsiste quant à son efficacité.

En effet, il faut savoir que l’Union Européenne n’achète presque rien sur le marché mondial de l’or par rapport au reste de la planète. Une fraction qu’on peut qualifier de marginale comparée à celle des pays asiatiques comme la Chine et l’inde qui viennent faire l’essentiel de leurs courses sur le continent Africain. Les pays du golfe sont également concernés.

Cela peut réduire la dimension pratique et stratégique de cette décision, étant donné que les belligérants en l’occurrence les FSR opèrent dans la contrebande de l’or et l’acheminent clandestinement vers les pays du Golfe.

Toutefois, la portée symbolique demeure avec un signal politique fort : L’or ne doit plus être le nerf de la guerre mais un instrument pour le developpement et l’épanouissement du Soudan.

Une guerre qui s’enlise depuis 2023

La guerre du Soudan est un conflit armé qui oppose l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan aux paramilitaires des Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.

Ces deux anciens alliés, unis lors du renversement d’Omar el-Béchir puis dans la répression de la transition démocratique, se sont retournés l’un contre l’autre en avril 2023 pour le contrôle du pouvoir et des ressources du pays.

Depuis, les combats ont fait des dizaines de milliers de morts, provoqué le déplacement de millions de civils et plongé le Soudan dans l’une des pires crises humanitaires actuelles, sans qu’aucune médiation régionale n’ait jusqu’ici réussi à imposer un cessez-le-feu durable.

 

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