numérique
Aristide Ouattara, Associé Leader Industrie Financière de Deloitte Afrique Francophone et Ramatoulaye Goudiaby, directrice d’AFIS, à Lomé lors d'AFIS 2023

La 3ème édition du baromètre sur l’Industrie financière africaine vient de sortir. Publiée par AFIS (sommet de l’industrie financière en Afrique) et Deloitte, cette enquête révèle la maturité digitale des leaders dans le secteur des finances sur le continent. Malgré les défis conjoncturels, ces derniers font de l’innovation numérique un allié de taille pour assurer le développement de l’industrie financière.

Les grandes lignes de cette enquête, menée en septembre 2023, ont été déjà présentées à Lomé, lors du Sommet sur l’Industrie financière africaine (AFIS-2023), les 15 et 16 novembre 2023. Selon l’enquête, la maturité numérique des dirigeants de l’industrie financière africaine a connu un bon de 10 points, par rapport au dernier baromètre. Cette maturité devrait s’accentuer et se matérialiser par « un investissement prioritaire dans les technologies de l’information innovantes », révèle l’étude.

60% des entreprises interrogées sont favorables aux monnaies numériques. Les entreprises de l’industrie financière africaine estiment que ces monnaies numériques, émises par les banques centrales africaines, favorisent l’inclusion financière, la réduction de l’utilisation illicite de la monnaie et l’accès aux systèmes financiers. Toutefois, elles restent méfiantes des cryptoactifs. Elles ne sont que 30% à les considérer comme des opportunités contre 63% des sondées en 2022. Globalement, le secteur reste ouvert, avec 26% des entreprises disposées à nouer des partenariats avec des concurrents dans la digitalisation des processus internes.

Dans l’élan de construction d’une industrie financière africaine de classe mondiale, l’innovation technologique prend ainsi toute sa place. Les entreprises sondées ont démontré leur ambition technologique, avec le lancement ou le renforcement de projets de transformation. Ainsi, on note que 33% des projets déployés dans l’industrie financière africaine portent sur le Cloud, 31% concernent les plateformes de e-learning ; les outils de travail collaboratif occupent 25% des projets et 23% sur les formations en interne. Plus précisément, plus d’un dirigeant sur trois ont déclaré avoir lancé ou se préparer à lancer une migration vers le Cloud.

Démarches prudentes

L’industrie financière africaine garde cependant un œil sur les menaces potentielles. Outre les instabilités sociopolitiques (60%), la cybercriminalité s’avère le premier risque lié à la technologie pour le secteur. Avec un niveau de 59% d’avis des sondés, cette menace est bien loin de la conjoncture macro-économique (45%).

Les investissements dans des projets d’intégration de l’intelligence artificielle sont quant à eux encore loin d’être une préoccupation de premier plan. Les entreprises de l’industrie financière africaine disent suivre avec attention le développement de ces technologies à base de l’IA. Seulement 8% des sondés confient avoir investi ou intégré des programmes IA dans leurs projets internes. 31% n’ont pas prévu d’envisager cette option durant l’année et 25% envisagent cette possibilité. Un peu moins de 25% de projets IA sont en cours, avec un faible niveau d’achèvement, souligne le rapport.

Des signaux au vert

« Cette étude souligne l’importance de l’innovation, de la transformation numérique et de l’intégration régionale pour façonner un avenir financier africain résilient et prospère. L’engagement envers la finance verte et la neutralité carbone, bien que naissant, est un pas positif vers un développement durable » a déclaré Ramatoulaye Goudiaby, directrice d’AFIS. Elle s’est montrée confiante vis-à-vis des progrès réalisés malgré les défis, dans un environnement mondial complexe. Pour sa part, Aristide Ouattara, Associé Leader Industrie Financière de Deloitte Afrique Francophone rassure : « en capitalisant sur les opportunités panafricaines et en surmontant les obstacles structurels, l’industrie financière africaine est bien positionnée pour jouer un rôle de premier plan dans l’économie mondiale. Deloitte et l’AFIS restent dédiés à fournir des insights clés et à soutenir le développement de ce secteur vital pour l’avenir de l’Afrique.»

Comparativement à 2022 (9%), en 2023, le baromètre démontre que 15% des leaders optent à associer « une stratégie digitale cohérente avec l’excellence opérationnelle. » Le potentiel de développement numérique est estimé à 26% contre 22% en 2022, avec comme objectif des avantages de coûts. Seul bémol, les leaders qui cherchent à faire progresser régulièrement les compétences numériques sont passés de 28% en 2022 à 24% en 2023. Une volonté ralentie qui pourrait s’expliquer par le degré de maturité des projets numériques dans le secteur. Pour preuve, le manque de compétence est réduit à 4% en 2023 contre 16% en 2022.

Justin AMEDE